• L’APRÈS 13 NOVEMBRE…

    20 novembre 2015

    Pour la seconde fois en quelques mois, La France est à nouveau la cible d’attaques terroristes commanditées par Daesh. Elles font suite à une longue liste d’attentats perpétrés en 2015 à travers le monde. Débutés à Paris en janvier, ces actes atroces ont également touché Tripoli, Copenhague, Tunis, Bagdad, Dallas, Ankara, Beyrouth… jusqu’à Bamako aujourd’hui.

    Avec un bilan de 130 morts et plus de 350 blessés, les attaques simultanées de Paris et de Saint Denis sont les pires auxquelles notre pays ait eu à faire face depuis la fin de la 2nde guerre mondiale. Bien entendu toutes nos pensées vont en priorité aux victimes, à leurs familles et à leurs amis, ainsi qu’à celles et ceux qui, de près ou de loin, ont été concernés par ces évènements.

    Passée la stupeur de l’instant, ne nous laissons pas gagner par la peur, la haine ou la vengeance. Il serait trop facile de tomber dans les insinuations douteuses et nauséeuses, trop simple de se laisser entraîner dans des discours favorables au racisme, à l’intolérance, à l’islamophobie et à la xénophobie. Au contraire, les évènements terribles du 13 novembre nécessitent que nous fassions preuve de solidarité et de fraternité. Affirmons collectivement notre détermination à relever la tête et à résister pour la liberté, l’égalité, la justice et la paix, ces valeurs et ces idéaux qui forment le socle de notre société.

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    Mardi dernier, lors de son discours face au Congrès de Versailles, Le Président de la République a proposé un certain nombre de mesures visant à apporter des réponses politiques aux questions et aux inquiétudes des Français.

    Il a ainsi annoncé « la prolongation de l’état d’urgence à 3 mois », et sa volonté de  l’inscrire dans la constitution. Si y recourir est indispensable face au contexte et à la situation dramatique traversée, sa prolongation et sa « constitutionnalisation » posent cependant question. L’état d’urgence modifie profondément l’état de droit et l’équilibre des pouvoirs, en étendant fortement ceux de la police et de l’autorité administrative, et en écartant le système judiciaire. Une réelle vigilance est de mise face au risque de faire glisser notre pays dans une dérive sécuritaire.

    En reconnaissant que « le pacte de sécurité l’emporte sur le pacte de stabilité », il accorde temporairement des moyens supplémentaires aux services des armées, de police et de justice. Il permet à ces derniers d’être plus efficaces pour les mois à venir dans la lutte contre tous les terrorismes. Mais implicitement, il reconnaît les dégâts occasionnés par les mesures d’austérité prises depuis le début de son quinquennat. L’ensemble de ces services publics ont subi de telles coupes budgétaires ces dernières années, qu’il leur est désormais très difficile d’assumer leur fonction régalienne lorsque surviennent de tels évènements.

    Tout en expliquant qu’il s’appuiera sur l’avis du Conseil d’État, le Président n’a pas non plus écarté  l’usage de « la déchéance de la nationalité » pour des faits commis contre les intérêts de l’État par des citoyens binationaux. En reprenant à son compte une proposition de la droite, le Président institue une différence entre les Français. Le danger est de voir s’accentuer le sentiment d’exclusion vécu par les plus isolés et les plus démunis d’entre eux. Au contraire, le traitement doit être identique pour tous les citoyens tant au niveau des droits et des devoirs, que de leurs besoins. L’égalité devant la loi, la justice, le travail, les services est fondamental car elle est la garantie de l’appartenance à une même société.

    Sur le plan international, le Président a évoqué la réouverture de négociations, incluant les États européens et la Russie dans le but « d’élaborer enfin une véritable coalition »  permettant de « détruire » Daesh. Mais cette lutte contre les terroristes doit-elle passer par la seule réponse guerrière ? Comme l’histoire récente nous l’a montré, les conflits et les interventions successives en Afghanistan, en Irak, ou en Lybie n’ont fait qu’aggraver leur situation, les laissant en proie aux groupes terroristes. Non seulement les frappes militaires, même ciblées, touchent les populations civiles, mais elles nous exposent encore plus aux répliques. Et, au final, si rien n’est construit en parallèle, le risque est de remplacer le terrorisme de Daesh par un autre. Cette partie du monde doit pouvoir trouver les chemins de la démocratie et de la paix. Cela nécessite un accord international permettant de fixer les objectifs à atteindre et un cadre stratégique et diplomatique clair. Même si les printemps arabes ont pu balayer les vieilles dynasties, la reconstruction de ces pays ne peut se faire ni dans l'obscurantisme, ni au nom des intérêts des marchands occidentaux. C’est pourquoi, d’un point de vue économique, notre pays doit s’interroger sur ses relations et ses marchés, militaires en particulier, conclus avec des États qui profitent ou alimentent matériellement et financièrement des groupes terroristes dans le monde. De même, pourquoi continuer à mobiliser de lourds moyens financiers dans notre armement nucléaire ? Ces moyens seraient certainement plus utiles pour aider aujourd’hui au renforcement de nos services de justice et de police dans leur travail quotidien contre le terrorisme.  

    Dans cette horrible tragédie, il nous faut admettre que ce sont de jeunes Français qui ont tué d’autres jeunes Français. Ce basculement dans la radicalité et l’extrême violence d’une partie de nos enfants connaît bien entendu des raisons multiples et complexes. Concédons cependant que la persistance des inégalités et leur concentration dans nos sociétés restent l’un des terreaux propices à l’émergence des extrémismes de tous bords. Le chômage massif et la précarisation croissante constituent l'axe central d’une désintégration sociale. Les discriminations et le sentiment d’injustice entraînent la résignation, le renoncement ou la révolte. C’est aussi la force de l’idéologie dominante que d’avoir su faire éclater le sens de l’intérêt commun, de la solidarité, au profit de l’individualisme et du chacun pour soi. Or, la socialisation de l'individu doit passer par une transmission des valeurs de la République pour qu’il se sente appartenir à une communauté. Mais, mardi dernier, jamais n’a été évoqué l’attribution de moyens supplémentaires à l’éducation, à la culture ou au social. C’est pourtant là que l’on trouve une partie des outils nécessaires au développement de l’individu et les solutions qui permettent de favoriser la conscience d’appartenance à un collectif humain libre et égalitaire.  

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    Résistons à ceux qui veulent instituer la soumission, le meurtre et le suicide, et défendons une fraternité véritable fondée sur l’amour de la vie, le goût de la parole, de la culture, de l’égalité, du partage, toutes ces valeurs qui ont présidé l’invention de la démocratie.

     


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