• LES PROJETS ÉDUCATIFS LOCAUX : L’AVENIR DU SYSTÈME ÉDUCATIF FRANÇAIS ?

    Par Allain JOUIS, juillet 2012

    Vice-Président de Brest Métropole Océane en charge de la Politique de la Ville

    Ancien adjoint au Maire de Brest en charge des questions éducatives

     

    Dans le cadre des réflexions des villes sur les questions d’Éducation, de l’action du Réseau Français des Villes Éducatrices (RFVE), puis de la large concertation avec un très grand nombre d’acteurs essentiels du monde de l’Éducation, « l’Appel de Bobigny » s’est concrétisé en novembre 2011.

    Voici comment, nous, élus d’une ville et d’une communauté urbaine de moyennes importances, nous imaginons l’Éducation par la mise en œuvre d’un Projet Éducatif Local.

    Tout d’abord, il nous paraît important de faire un petit rappel historique.

    Lorsque sort en juillet 1998 la circulaire interministérielle sur les « Contrats Éducatifs Locaux » qui visait à la convergence et à la mise en cohérence des activités de l’enfant et du jeune, certaines villes, dont Brest, dans le cadre de la toute nouvelle association RFVE s’interrogent sur l’opportunité de s’engager dans un nouveau dispositif. Un dispositif de plus, nous en avions connu de très nombreux depuis les années 80.

    Nous nous sommes donc engagés, avant de contractualiser avec l’État, à travailler le concept de « Projet Éducatif Local ».

    Depuis 2006 à Brest avec Les Francas, le RFVE, l’Association Nationale Des Villes Éducatrices (ANDEV) et de nombreux autres acteurs éducatifs, nous avons traité cette question à plusieurs reprises lors des « Rencontres Nationales des Projets Éducatifs Locaux ».

    La mise en œuvre d'une politique éducative est un enjeu de mieux en mieux identifié sur les territoires.

    L'idée d'investir dans l'Éducation au sens large et pas uniquement dans le domaine scolaire a fait son chemin.

    L'Éducation déborde des schémas classiques où elle était contenue pour inspirer l'ensemble des vecteurs de développement. De plus en plus de décideurs locaux attestent par exemple qu'il ne peut y avoir de développement économique sans la prise en compte des facteurs écologiques et sociaux attachés aux territoires.

    L'Éducation doit être pensée dans un processus continu et élargi. Si l'enfant et le jeune sont bien sûr placés au cœur de nos préoccupations, nos politiques éducatives devront interpeller d'autres catégories d'âge tant il est vrai que l'Éducation concerne tout le processus de vie. C'est à partir de ce concept que l'on devrait considérer la ville comme une véritable "ville éducatrice".

    Les collectivités locales s’emploient à doter les écoles et les équipements culturels de moyens matériels de premier ordre. Ce n'est plus simplement une préoccupation patrimoniale, mais bien l’idée de promouvoir une action ambitieuse de l'Éducation.

    C’est en s’appuyant sur des orientations nationales - un projet éducatif national - que le projet éducatif de territoire se décline. Il est forcément local, participatif, anticipateur, mais aussi expérimental et innovant.

    Un Projet Éducatif Local doit avant tout "fixer le cap", c'est la fonction du référentiel politique, porteur des valeurs et des principes de la République dont la laïcité est l'une des dimensions essentielles. Il doit ensuite concevoir et mettre en œuvre un espace démocratique où les objectifs, l'organisation, les actions, les moyens de ces actions sont négociées en s'appuyant sur l'identité même de chaque territoire.

    Il ne peut y avoir de PEL pensé du haut vers le bas, modélisé à l'identique de Brest à Epinal, de Valencienne à Bayonne.

    Il doit enfin s'astreindre à des ajustements permanents, c'est le sens de l'évaluation continue.

    Des espaces de rencontres et d'échanges pour avancer chacun sur nos territoires sont nécessaires.

    Il paraît également essentiel que nous croisions nos expériences, nos références, nos métiers pour que tous les acteurs politiques, enseignants, éducateurs, membres des administrations de tous niveaux et du secteur associatif puissent mieux concevoir et assumer cette action éducative partagée, gage de réussite et de pérennité.

    La complexité de l'élaboration et de la conduite d'un PEL réside dans le fait que les élus locaux doivent conjuguer en permanence avec les missions régaliennes de l'État et ses logiques descendantes et les démarches et logiques locales qui encouragent la participation de tous.

    On imagine donc bien le rôle aujourd'hui prépondérant des collectivités territoriales si l'on veut prendre en compte l'ensemble des lieux et des espaces où se construisent les enfants et les jeunes.

    Et dans ce cadre, ne serait-il pas pertinent de s’orienter vers la création « d’Établissements Publics Locaux de Coopération » – voire de « Coproduction-Éducative » pour mieux instituer ces partenariats de réflexion et d'action promus dans les PEL ?

    Ces établissements seraient constitués démocratiquement, animés par une personne publique représentative désignée démocratiquement. Dans ces conseils de coopération serait abordée l’articulation entre les projets d’écoles et des collèges, et l’action éducative développée dans les autres espaces d’apprentissage des connaissances.

    Ces lieux de dialogue, de concertation et de mise en œuvre de la politique éducative locale devraient reconnaître la place de tous les acteurs éducatifs y compris les personnels des collectivités et des associations d’Éducation populaire intervenant sur le champ hors scolaire.

    Les territoires des PEL devront être définis en concertation suivant la nature même de l’espace concerné. Ils devront être de « dimension humaine ». Un quartier de ville, une commune, une communauté de communes, etc.

    La place et le rôle des acteurs devront aussi être clarifiés, en particulier ceux du directeur d’école mais aussi ceux du principal du collège, de l’Inspection de l’Éducation Nationale, des conseillers pédagogiques…

    L’État qui a un rôle déterminant de régulation de l’action sur les territoires doit promouvoir l’émergence d’un service public local d’Éducation afin qu’à côté de l’école, chaque enfant, chaque adolescent ait accès à un temps libre de qualité et que ce temps contribue à la réduction des inégalités.

    « REFONDER L’ÉCOLE DE LA RÉPUBLIQUE pour REFONDER LA RÉPUBLIQUE PAR L’ÉCOLE » nécessite l’engagement de tous sur des valeurs. Nous sommes convaincus qu’il faut construire un projet prenant en compte tous les acteurs de la Nation.

     


    Tags Tags : , , , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :